1er entraînement en conditions réelles

Le 10 janvier 2021 a eu lieu mon premier entraînement en conditions réelles. Je suis parti dimanche 10 janvier à Troyes avec pour but de m’entraîner dans les mêmes conditions qu’en juin prochain pendant 4 jours. Il est important pour moi d’observer les différents lieux clés, notamment les écluses, pour anticiper les difficultés, découvrir en amont quelques lieux que je vais traverser et tester mon matériel.

Je suis arrivé à Troyes dans les environs de 12h30 et j’ai déballé tout mon matériel. Le point de départ était une petite rive entre les arbres, un coin calme et frais comme souvent en bord de seine. L’eau de la Seine étant à 4 degrés en hiver, j’avais décidé de naviguer en kayak, car il m’était impossible de tenir 5h par jour dans l’eau, même en combinaison. Ce premier entraînement m’a d’abord permis de compter le temps qu’il me fallait pour déballer et monter tout mon matériel, c’est-à-dire gonfler mon kayak, me mettre en tenue et charger mes trois sacs à l’intérieur du kayak, chose qui s’est avéré plus difficile que prévu car les 60kg d’affaires ont eu du mal à s’entasser dans les recoins du bateau.

C’est donc avec un petit peu de retard, à 14h, que je suis parti. Mon père et ma copine, qui m’avaient gentiment accompagnés m’ont dit au revoir d’un geste de la main, assis sur la rive, sûrement le ventre légèrement noué à l’idée de me laisser partir à l’aventure sur un coup de tête, seul et sans expérience.

Jour 1

14h30

Dès les premiers mètres dans mon kayak surchargé de matériel je me rends compte de l’impossibilité de glisser mes jambes à l’intérieur de celui-ci. Tant-pis, j’ai assez perdu de temps aujourd’hui, je trouverai une solution demain.

J’ai une heure de kayak avant que le soleil ne soit trop bas pour que je puisse continuer. je pagaye donc à vive allure avec pour objectif de dormir après le premier barrage.

Quinze minutes plus tard, j’aperçois au dernier moment un tronc à fleur d’eau qui me barre la route. Si je l’heurte, je risque de tomber, je pagaye donc de toutes mes forces à reculon pour l’éviter. Malheureusement le courant est trop fort et je n’ai pas eu le temps de réagir, j’arrive à limiter l’impact pour ne pas me retourner, mais je mouille mon gant droit en essayant de m’appuyer sur l’arbre. J’arrive tant bien que mal à faire passer mon kayak de 60 kilos de l’autre coté du tronc en montant sur l’arbre et je me remets tout de suite à pagayer pour rattraper le temps perdu.

15h

Il ne me reste plus que trente minutes à ramer mais j’arrive déjà à mon objectif du jour, un petit barrage de 10 mètres de long et 5 de hauteur. Je dois le contourner en passant dans la forêt. Trois cents mètres de marche avec mon matériel sur le dos plus tard j’arrive de l’autre côté du barrage, prêt à reprendre ma route. Sur la berge, je profite des quelques minutes que je passe à remettre mes affaires dans le kayak pour discuter avec un pêcheur très sympathique qui me souhaite une bonne route.

15h45

Une heure et quart après mon départ, je trouve un lieu idéal pour m’arrêter. Un tronc est tombé dans l’eau et me permet de monter sur la berge. J’attache le kayak, je prends mon matériel de bivouac et m’enfonce dans la forêt pendant une soixantaine de mètres pour éviter l’humidité du fleuve. J’installe le campement en quelques minutes et profite des derniers rayons de soleil pour trouver du bois à peu près sec dans la forêt.

20h

La nuit est maintenant tombée depuis trois heures, j’ai mangé et fait sécher mes affaires au coin du feu, je me glisse dans mon hamac à la lueur de ma lampe frontale et entame une froide nuit de 12h. Dormir dans un hamac n’est jamais très agréable, surtout quand il fait -7 degrés. En effet, à sept heures du matin je me réveille avec une stalactite sous le nez, mon sac de couchage n’est pas censé aller en dessous de -3 donc je commence à me refroidir.

Jour 2

Je sors de mon hamac à 8h30, à l’heure exacte du lever de soleil, je saute dans mes chaussures mais mes pieds ont déjà eu le temps de geler. Je mets mon seul gant restant (j’ai brulé l’autre en essayant de le faire sécher à côté du feu) et je commence à ranger mon bivouac.

9h30

Une heure après être sorti du hamac, j’arrive enfin au bout du rangement de mon campement. J’ai été ralenti à cause de la température, mes doigts étaient gelés et je ne sentais plus mes pieds, si bien que chaque minute je faisais un sprint pour me réchauffer. Je me dirige vers le tronc qui sert de bitte d’amarrage à mon kayak et me rends vite compte de ma bêtise. Pendant la nuit, le tronc à complètement gelé, il est maintenant glissant comme une patinoire… En plus de ça, mon kayak est complètement enneigé. Je décide donc de rejoindre une petite plage ensoleillée 50 mètres plus haut. J’arrive tant bien que mal à mettre mes affaires dans le kayak en glissant lentement à plat ventre sur le tronc gelé. Je ne manque pas de me demander ce que j’ai fait dans ma vie pour me retrouver dans de telles situations.

10h30

J’ai pu rejoindre la plage, me réchauffer et faire sécher mes affaires au soleil et j’attend patiemment que la température repasse les -5 pour repartir. J’en profite pour faire quelques photos:

11h

C’est reparti, il fait -3, je ne risque plus de mourir de froid en tombant à l’eau, je choisis donc de repartir pour 5h de kayak sans arrêt pour rattraper mon retard.

12h30

Je viens de dépasser les 15km depuis le départ de mon bivouac, les paysages sont magnifiques. Je suis seul et je n’entends pas d’autres bruits que l’eau et les quelques cygnes que je croise.

Depuis mon départ, je croise des centaines et des centaines de déchets plastiques en tout genre, sacs, cordes en nylon, bouteilles et j’en passe. Il y a un amas d’une cinquantaine de déchets visibles à chaque boucle de la Seine, soit environ tout les 50-100 mètres. Je les remarque d’autant plus que le contraste entre la nature sur les berges et les déchets est important, l’un est bruyant et vivant, l’autre fade et morose.

14h30

Je pagaye depuis 3h en comptant les deux pauses de quinze minutes que je me suis accordé, j’ai fais près de 30 km. La fatigue physique et mentale commence à se ressentir. Comme la veille, je compte sortir aux alentours de 16h donc il n’y a pas de temps à perdre, plus qu’une heure et demi à ramer et je serai tranquille.

15h

Alors que je pagaye en rêvassant, je perds un instant ma concentration. Grave erreur, une seconde plus tard je me retrouve à l’eau. En un quart de seconde, je prends la mesure des choses: je suis dans une eau à quatre degrés, avec trois kilomètres par heure de courant, mon kayak -qui pèse 60kg- s’est renversé. Quand bien même j’arriverais à le retourner il serait plein d’eau et risquerait de couler. Mon téléphone est dans ma poche de blouson qui est… sur moi et même si j’arriverais à sortir de l’eau, il fait seulement 2 degrés dehors. Bref, je voulais être dans la merde pour me tester, j’y suis.

Pourtant, je ne panique pas. Si je règle mes problèmes un par un je peux m’en sortir. Premièrement, mon téléphone portable. Il est ma seule chance de pouvoir communiquer avec l’extérieur si jamais il m’arrive quelque chose, or il m’arrive quelque chose. Je tire donc mon kayak en nage indienne jusqu’a la rive. C’est une espèce de butte abrupte de 5 mètres de haut, je n’ai même pas pied alors que je touche la rive. Je pose mon téléphone sur l’une des nombreuses racines qui dépasse de la butte, j’y dépose un sac pour alléger le kayak et le retourne.

Deuxième chose, sortir de l’eau. Je m’agrippe aux branches qui dépassent et escalade les 5 mètres qui me séparent du haut de la rive. Une fois en haut, je regarde autour de moi, un immense champ boueux de plus de 3 kilomètres de long s’étend devant moi. Il est exclu de sortir par là. Sur la rive d’en face j’aperçois un abri délabré, une aubaine, surtout qu’une petite plage boueuse en contrebas peut me permettre d’accoster. Je me remets à l’eau en laissant mon téléphone et mon sac le plus lourd sur les racines et monte sur mon kayak rempli d’eau aux trois quarts, en priant pour qu’il ne coule pas. En arrivant sur la petite plage, je commence à grelotter et à ne plus sentir mes mains, il faut faire vite. Je vide l’eau de mon kayak, sort le plus de matériel possible et repart très vite pour chercher mon sac et mon téléphone restés sur l’autre berge. Comme si ça n’était pas assez, des branches m’obligent à retourner dans l’eau gelée pour chercher mes affaires, mon téléphone refait un passage dans l’eau de la Seine (il n’était plus à ça près). Je remonte une énième fois sur le kayak en direction de l’autre rive et lutte contre le courant.

Troisième chose, me réchauffer. En arrivant sur la berge, je me rends compte de mon état d’hypothermie. Connaissant mon corps, je suis à 32, 33 degrés de température corporelle, c’est encore acceptable mais il ne faut pas traîner. Je porte mes affaires jusqu’à la cabane que j’avais repéré, me met tout nu, sort ma bâche, mon matelas thermique et mon sac de couchage et me glisse à l’intérieur. Je pique un sprint horizontal dans mon sac de couchage pour me réchauffer puis tremble une bonne demi-heure.

Quatrième chose, faire l’état des dégâts. Le téléphone marche encore par je-ne-sais quel miracle, mon manteau est mouillé mais mes sacs étanches ont protégés tout le reste des affaires. Je ne comprends pas comment les choses ont pu si bien se passer mais je ne vais pas me plaindre.

Comme la veille, je fais mon feu, sèche mes affaires, préviens mon équipe de mes aventures et mange un repas chaud. Au téléphone, on m’annonce que des intempéries sont prévues le lendemain, on attend des courants deux fois plus puissants qu’aujourd’hui. L’entraînement devient donc trop dangereux pour continuer, on décide de l’arrêter ici le lendemain matin.

Jour 3:

La nuit s’est beaucoup mieux passé que la précédente, il a fait 2 degrés avec un fort vent et de la pluie mais je ne me suis réveillé que deux fois.

8h30

Je retrouve mon père, venu me cherché en voiture depuis Paris. La prouesse de m’avoir trouvé au milieu de la forêt, dans un endroit inaccessible en voiture et sans pouvoir m’appeler vaut le détour. C’est mon père, ça ne m’étonne même plus de le voir débarquer d’un terrain boueux au milieu d’une forêt vierge à l’heure exacte convenue la veille.

9h30

Une heure de marche avec le matériel sur dos plus tard, on retrouve la voiture, ce qui met un terme définitif à ce premier entrainement en condition réelle.

Pour autant, ça ne marque pas la fin du repérage, on profite de la journée pour repérer les écluses de Vives-eaux, Nogent-sur-Seine, la ville et Melun et la centrale nucléaire de Nogent.

On comprend pourquoi je dois laisser une marge de 150 mètres avant et après les écluses, ça ne donne pas envie d’être à la place du ballon.

Merci d’avoir lu cet article, j’ai hâte de vous partager mes prochaines expériences ! Si vous l’avez aimé, n’hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux.

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